Le Flow est-il un état… ou un processus ?

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Une approche cognitive de l'expérience optimale

Depuis plusieurs décennies, le concept de Flow fascine chercheurs, sportifs, artistes, entrepreneurs et managers.

Développé par Mihaly Csikszentmihalyi, le Flow désigne cet état particulier dans lequel nous sommes totalement absorbés par une activité. L'attention est intense, l'action semble fluide, le temps paraît se transformer et nous avons souvent le sentiment de fonctionner à notre meilleur niveau.

Les recherches menées depuis les années 1970 ont montré que cet état est associé à une multitude de bénéfices : davantage de concentration, de créativité, d'engagement, de plaisir et, dans de nombreux contextes, de performance (Nakamura & Csikszentmihalyi, 2002).

Pourtant, une question demeure étonnamment peu explorée :

Que se passe-t-il exactement lorsque nous entrons en Flow ?

La plupart des travaux décrivent les caractéristiques du Flow. Plus rarement, ils cherchent à expliquer les mécanismes psychologiques qui le rendent possible.

C'est précisément la question que nous avons explorée dans notre article :

Šimleša, M., Guegan, J., Blanchard, E., Tarpin-Bernard, F. & Buisine, S. (2018). The Flow Engine Framework: A Cognitive Model of Optimal Human Experience. Europe's Journal of Psychology.

Le Flow : plus qu'un état psychologique

Traditionnellement, le Flow est décrit à travers plusieurs caractéristiques bien connues :

  • l'équilibre entre défi et compétence ;

  • des objectifs clairs ;

  • un feedback immédiat ;

  • une forte concentration ;

  • une motivation intrinsèque ;

  • une perte temporaire de la conscience de soi ;

  • une distorsion de la perception du temps ;

  • un sentiment de contrôle ;

  • une fusion entre l'action et la conscience.

Ces dimensions sont aujourd'hui largement reconnues dans la littérature scientifique (Nakamura & Csikszentmihalyi, 2002 ; Csikszentmihalyi, 2008).

Mais elles posent une difficulté.

Certaines correspondent à des conditions d'entrée dans le Flow.

D'autres décrivent ce que nous ressentons pendant l'expérience.

D'autres encore semblent être des conséquences du Flow.

Tout est souvent présenté sur le même plan.

Or, d'un point de vue scientifique, ces éléments ne jouent probablement pas le même rôle.

Une métaphore : le moteur du Flow

Dans notre article, nous avons proposé de considérer le Flow comme un moteur psychologique.

Comme un moteur thermique transforme du carburant en mouvement, le Flow transforme certaines conditions favorables en expérience optimale.

Nous avons ainsi proposé un modèle en trois parties :

Les inputs : les conditions nécessaires

Le Flow ne surgit pas de nulle part.

Trois conditions semblent particulièrement importantes :

1. L'équilibre entre défi et compétence

Une activité trop facile génère l'ennui.

Une activité trop difficile génère l'anxiété.

Le Flow apparaît généralement dans une zone intermédiaire où le défi est élevé mais perçu comme atteignable.

2. Des objectifs clairs

Le cerveau fonctionne plus efficacement lorsqu'il sait ce qu'il doit faire ensuite.

Le Flow repose souvent sur une succession d'objectifs proximaux clairement identifiables.

3. Un feedback rapide

Pour rester engagé, nous avons besoin de savoir si nous avançons dans la bonne direction.

Le feedback permet d'ajuster continuellement notre comportement.

Ces trois éléments sont présents dans la plupart des activités favorisant le Flow : musique, sport, jeu vidéo, recherche scientifique, chirurgie ou travail intellectuel.

Les deux moteurs cachés du Flow

La contribution principale de notre modèle consiste à mettre en avant deux mécanismes cognitifs centraux.

L'attention

Les travaux d'Abuhamdeh et Csikszentmihalyi (2012) montrent que l'implication attentionnelle joue un rôle majeur dans l'expérience optimale.

Plus une personne parvient à investir pleinement son attention dans une activité, plus elle est susceptible d'en retirer du plaisir et de l'engagement.

Dans notre modèle, l'attention constitue le premier moteur du Flow.

La motivation intrinsèque

Le second moteur est la motivation intrinsèque.

Comme l'ont montré Deci et Ryan (1985, 2000), certaines activités sont réalisées pour elles-mêmes, parce qu'elles sont intéressantes, stimulantes ou agréables.

Lorsque nous agissons principalement pour une récompense externe — argent, statut, reconnaissance — une partie de notre attention reste mobilisée par cette récompense.

À l'inverse, lorsque l'activité devient sa propre récompense, l'attention peut se consacrer entièrement à l'action.

C'est précisément ce qui facilite l'émergence du Flow.

Pourquoi cette distinction est importante pour les entreprises

Cette perspective conduit à une réflexion intéressante.

Dans de nombreuses organisations, les efforts visant à améliorer la performance reposent principalement sur des objectifs, des indicateurs et des récompenses.

Ces leviers sont utiles.

Mais ils agissent essentiellement sur la motivation extrinsèque.

Or les recherches sur le Flow suggèrent que la qualité de l'attention et la motivation intrinsèque jouent un rôle déterminant dans les expériences de haute performance.

Autrement dit, la question n'est pas uniquement :

« Comment obtenir davantage de résultats ? »

Mais aussi :

« Comment créer les conditions qui donnent envie de s'investir pleinement dans l'activité ? »

Le Flow comme processus dynamique

La principale conclusion de notre travail est peut-être celle-ci :

Le Flow n'est pas simplement un état psychologique que l'on subit ou que l'on espère.

Il s'agit d'un processus dynamique alimenté par des interactions constantes entre l'individu, son activité et son environnement.

Cette vision ouvre des perspectives intéressantes pour les organisations.

Car si le Flow est un processus, alors il devient possible d'agir sur ses conditions d'apparition.

Et dans une économie où la qualité de l'attention devient un avantage compétitif majeur, comprendre ce processus pourrait bien constituer l'un des défis les plus importants des prochaines années.

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